GLOSSAIRE DES JUIFS DES PAYS ARABES ET MUSULMANS

Ces définitions succinctes ont été élaborées à partir des sources énumérées dans la page “ressources”. Nous vous invitons à consulter ces sources pour une compréhension plus profonde de ces différents termes et concepts.

Les réfugiés juifs du monde arabe.jpg
 

A

 ‘ANWATAN (ARAB.)

Territoire conquis par la force.

AFFAIRE DE DAMAS (1840)

L'affaire de Damas fait référence à l'arrestation et à la torture de 13 membres de la communauté juive de Damas en Février 1840 suite à l'accusation calomnieuse de meurtre rituel lancé à leur encontre par le clergé Grec orthodoxe et le consul français de la ville. L'accusation déclenche également un pogrom contre la communauté juive de la ville. Les 9 accusés survivants aux tortures seront finalement innocentés et libérés en septembre de la même année.

AFFAIRE DE RHODES (1840)

L'affaire de Rhodes fait référence à l'accusation de meurtre rituel lancée par la communauté grec chrétienne orthodoxe et les consuls européens de l'île contre la communauté juive de la ville ayant mené à l'arrestation et à la torture de plusieurs notables juifs de la ville, dont le grand rabbin, et au blocus du quartier juif de la ville par les autorités turques. Les accusés juifs seront finalement acquittés en juillet de la même année.

AHL AL-DHIMMA (ARAB.)

Peuples du livre vivant en territoire musulman et soumis aux statuts et obligations particulières de la Dhimma. Voir aussi Dhimmis, et Rayah.

AHL AL-KITĀB (ARAB.)

Litt. “peuples du livre”, désigne les Juifs et les Chrétiens, et inclura plus tard les Sabéens et les Zoroastriens

ALLAHDAD (1839)

En persan "justice de Dieu", désigne une campagne de persécutions anti-juives perpétrée en 1839 par le gouverneur de la ville de Mashhad au cours de laquelle une trentaine de juifs sont assassinés et le reste de la communauté juive est forcée de se convertir à l'Islam.

ALYAH (HÉBR.)

Litt. “ascension” - immigration juive collective ou individuelle vers la terre d’Israël.

ATTENTAT DE MENARSHA (1949)

Attentat à la grenade explosive perpétré la nuit du 5 août 1949 contre la synagogue de Menarsha à Damas qui fait 12 morts, quelques jours après l'armistice israélo-syrien de juillet 1949.

ATTENTATS ANTISÉMITES DU CAIRE (1948)

Séries d'attentats à la bombe et d'émeutes visant la communauté juive du Caire entre Juin et septembre 1948, parfois interprété comme une vengeance de la population arabe égyptienne aux revers connu par l'armée Egyptienne dans sa campagne d'invasion de l'Etat d'Israël. Ces attentats et émeutes font au moins 70 morts et 200 blessés au sein de la communauté juive.

 

B

BARĀ’A (ARAB.)

En droit musulman, levée ou exemption des obligations ; immunité ; barā’at al-Dhimma : absence d’obligation (peut s’appliquer aux non-musulmans sous protection consulaire et non-soumis à la Dhimma).

 

D

DĀR AL-HARB (ARAB.)

Le domaine de la guerre, i.e les territoires où la loi islamique n’est pas appliquée.

DĀR AL-ISLÂM (ARAB.)

Le domaine de l’Islam, i.e les territoires où la loi islamique est appliquée.

DĀR AL-SULH (ARAB.)

Territoire ou Etat non-musulman avec lequel le monde musulman a signé des traités et entretien des relations diplomatiques.

DHIMMA (ARAB.)

Litt. “pacte” ou “obligation”, désigne l’ensemble de règlements statutaires encadrant la vie des non-Musulmans au sein des sociétés islamiques et les confinant à une position de subordination vis-à-vis des musulmans.

DHIMMIS (ARAB.)

Litt. “pactisants” ou “tributaires”, désigne les populations non-musulmanes soumises au régime juridique différencié de la dhimma, leur assurant la liberté de culte en échange de leur soumission à la communauté musulmane.

 

E

EMEUTES ÉGYPTIENNES ANTISÉMITES (1945)

Aussi appelées "émeutes du Balfour day", sont une série d'émeutes anti-juives ayant eu lieu au Caire et à Alexandrie lors du 28e anniversaire de la déclaration Balfour (2-3 novembre 1945) contre la communauté juive d'Egypte, perpétrées à l'initiative des frères musulmans. Ces émeutes firent 5 morts et 300 blessés juifs. Plusieurs synagogues furent pillées et brûlées.

 

F

FARHUD (1941)

En arabe "spoliation violente", est un pogrom perpétré par la population arabe de Baghdad contre la communauté juive de la ville (un tiers de la population de la ville) du 1er au 2 juin 1941. Le nombre de victimes du pogrom est incertain, entre 180 et 780 victimes sont mortes ou ont disparu durant ces deux jours.

 

G

GALÛT BAVEL (HÉBR.)

En hébreu "Exil de Babylone". En 587 avant l'ère chrétienne, le roi de Babylone Nabuchodonosor II conquiert le royaume de Juda, détruit Jérusalem et le Temple de Salomon, et déporte 20 000 Juifs en Mésopotamie tandis qu'un nombre conséquent de réfugiés Juifs s'installent en Egypte et au Yémen, marquant le début des diasporas iraquienne, égyptienne et yéménite.

GALÛT MAWZA (HÉBR.)

En hébreu “Exil du Mawza”. En 1679, L’Imâm du Yémen al-Mahdi Ahmad décrète la confiscation des propriétés des Juifs du Yémen et leur déportation dans la région désertique du Mawza où beaucoup périrent de faim et de soif. En 1680, les survivants sont autorisés à revenir dans les villes d’où ils avaient été bannis, mais ne peuvent récupérer leurs biens ou leurs synagogues transformées en mosquées, et de nouvelles lois vexatoires et discriminatoires sont mises en place.

 

H

HABBANI (HÉBR./ARAB.)

Juif du Sud Yémen, arrivés au Yémen pour fuir la destruction de Jérusalem et du Premier Temple prophétisée par le Prophète Jérémie au Ve siècle avant l’ère chrétienne.

HAKHAM (HÉBR.)

Littéralement “sage”. Désigne dans les pays d’Islam le rabbin ou chef religieux d’une congrégation.

HAKHAM BAÇI (TURC.)

Grand rabbin séfarade sous l’Empire ottoman.

HARAT AL-YAHUD (ARAB.)

Quartier juif dans les pays arabes.

HARBI (ARAB.)

Non-musulman protégé par un traité

 

J

JAMĀ’A (ARAB.)

Une communauté disposant de ses propres lois. En Espagne musulmane, les Aljamas sont l’équivalent des Millet ottomans. Voir Millet

JIZIYA (ARAB.)

Lors des premières conquêtes musulmanes, impôt imposé aux populations conquises, à plus tard évolué en une taxe de capitation due par les seuls dhimmis.

 

K

KĀFIR (ARAB.)

Litt. “infidèle”, désigne le non-musulman ou le musulman hérétique.

KHARAJ (ARAB.)

Taxe foncière due par les dhimmis.

KHAWAGAT (ARAB.)

"Allogène", désigne les minorités non-musulmanes et non-copte en Egypte à partir du 19e siècle, plus particulièrement les Juifs, en majorité exclus de la citoyenneté égyptienne à partir de 1880.

 

M

MA’ABARA (HÉBR.)

Camps de réfugiés établis en Israël pour accueillir les réfugiés Juifs rapatriés dans le pays dans les années 50. Ils accueillirent jusqu'à 250 000 réfugiés Juifs qui ne pouvaient être immédiatement dans les villes nouvelles et anciennes d’Israël. De nombreux Juifs des pays arabes rapatriés ou réfugiés en Israël sont passés dans ces camps de transit aux conditions précaires. Ma’abara vient du verbe Ma’avar “transiter”, qui a la même racine que le terme “hébreu” (Ibri), signifiant “celui qui passe, traverse”.

MELLAH (ARAB.)

Au Maroc, équivalent du Ghetto juif européen, du XVe siècle au début du XXe siècle

MILLA (ARAB.)

Litt. “communauté”, utilisée comme équivalent de ‘ummah (“nation”).

MILLET (TURC.)

Dérive de l’arab. milla, littéralement “nation” - communauté ethno-religieuse bénéficiant d’un régime d’autonomie juridique sous le régime ottoman.

MIZRAHI (HÉBR.)

Litt. “oriental”, désigne les Juifs des pays de la “vieille” diaspora (Syrie, Irak, Egypte) et par extension tous les Juifs des pays arabes et musulmans non-Séfarades et non-Ashkénazes. L’on utilise parfois l'expression Edot ha-Mizrah, « communauté d’Orient ».

MOGHRABI (ARAB.)

Juif marocain, ou par extension, juif d’Afrique du Nord non-séfarade.

MORISCO (ESP.)

Juifs “mauresque”, c’est à dire originaire d’Afrique du nord (Moghrabi ou Séfarade).

MUSTA’RAB (ARAB.)

Désigne, parmi les Mizrahim, les Juifs arabisés, dont la langue quotidienne est l’arabe.

 

N

NAGID (HÉBR.)

Chef temporel d’une communauté juive dans le monde musulman. En arabe Ras al-Yahud (litt. Chef des Juifs).

 

O

OPÉRATION “EZRA ET NÉHÉMIE”

L’opération “Ezra et Néhémie”, aussi appelée opération “Ali Baba”, permit d'évacuer de 1950 à 1952, la quasi-totalité des Juifs d'Irak vers l'État d'Israël nouvellement indépendant, soit plus de 110 000 personnes. Son nom fait référence aux deux chefs Juifs qui ramenèrent les Juifs exilés en Babylonie à Jérusalem.

OPÉRATION “SUR LES AILES DES AIGLES”

L'opération « Sur les ailes des aigles », aussi appelée “opération tapis-volant”, permit d’évacuer, entre 1949 et 1950, la quasi-totalité des Juifs du Yémen vers l'État d'Israël nouvellement indépendant. Le nom de l’opération fait référence à deux prophéties bibliques (Exode 19:4 ; Isaïe 40:31) où Dieu promet de ramener les captifs et les exilés vers Jérusalem “sur les ailes des aigles”.

OPÉRATION “YAKHIN”

L'Opération Yakhin permit d’évacuer, entre 1961 et 1964, près de 97 000 Juifs du Maroc vers l'État d'Israël. Son nom fait référence à l’une des deux colonnes du Temple de Salomon à Jérusalem.

 

P

PERSÉCUTION ALMOHADE (1145)

Les Almohades, dynastie musulmane rigoriste d’origine Berbère, détruisent les principales communautés juives du Maghreb et d’Andalousie. Les Juifs sont contraints de se convertir à l’islam et ne peuvent pratiquer le judaïsme qu’en cachette. La chute de la dynastie Almohade en 1269 ouvre une nouvelle période de tolérance pour les Juifs du Maghreb.

POGROM D'ADEN (1947)

Pogrom perpétré contre la communauté juive d'Aden au Yémen du 2 au 4 septembre par la population arabe et qui fera plus de 82 morts et 76 blessés juifs. Après le pogrom, la majorité de la population juive d'Aden se réfugie en Israël.

POGROM D'ALEP (1853)

Pogrom perpétré à Alep en 1853 contre la communauté juive de la ville.

POGROM D'ALEP (1947)

Pogrom perpétré à Alep du 2 au 22 décembre 1947 contre la communauté juive de la ville, il fait 75 morts et plusieurs centaines de blessés. 10 synagogues, cinq écoles, un orphelinat, un club de jeunesse, de nombreux magasins et 150 maisons sont pillés et incendiés. Le Codex d'Alep, manuscrit de la Thora datant du Xe siècle est partiellement détruit durant les émeutes.

POGROM DE FEZ (1033)

Pogrom perpétré en mai-juin 1033 contre la communauté juive de Fez par la tribu berbère Zenata des Banu Ifran, ayant fait 6000 victimes juives.

POGROM DE FEZ (1912)

Pogrom perpétré contre la communauté juive de Fès suite à l'instauration du protectorat français sur le Maroc.

POGROM DE GRENADE (1066)

Pogrom perpétré le 30 décembre 1066, durant lequel le vizir Juif Yosef ibn Naghrela fut crucifié et la population juive de la ville massacrée (environ 4000 victimes).

POGROM DE JAFFA (1936)

Séries d'émeutes anti-juives du 15 au 19 avril 1936 à Jaffa ayant résulté en la mort de 14 juifs.

POGROM DE MANAMA (1947)

Pogrom perpétré le 5 décembre 1947 contre la communauté juive de Manama au Bahreïn. Il fera une victime juive et inclura le pillage de plusieurs maisons et la destruction de la synagogue de la ville.

POGROM DE OUJDA ET JERADA (1948)

Pogromes perpétrés contre les communautés juives de Oujda et Jerada (Maroc) les 7 et 8 juin 1948, avec un bilan de 150 victimes.

POGROM DE SAFED (1517)

Pogrom perpétré contre la communauté juive dans la ville de Safed par des soldats turcs lors de la conquête de la ville par les Ottomans.

POGROM DE SAFED (1660)

Pogrom perpétré contre la communauté juive de la ville de Safed par des rebelles druzes et arabes

POGROM DE SAFED (1834)

Pogrom perpétré contre la communauté juive de la ville de Safed le 15 juin 1834 par des paysans arabes révoltés contre l'Egypte.

POGROM DE SAFED (1838)

Pogrom perpétré le 5 juillet 1838 par des rebelles druzes et la foule musulmane contre la communauté juive de Safed.

POGROM DE TIBÉRIADE (1938)

Pogrom perpétré par des rebelles arabes contre la communauté juive de Tibériade le 2 octobre 1938 qui fera 20 victimes juives dont 11 enfants.  Le quartier juif de la ville est incendié.

POGROM D'HÉBRON (1517)

Pogrom perpétré dans la ville d'Hébron par des soldats turcs lors de la conquête de la ville par les Ottomans.

POGROM D'HÉBRON (1834)

Pogrom perpétré au début du mois d'août 1834 par les troupes égyptiennes appelées pour réprimer la révolte paysanne arabe. Il fait 12 victimes juives et sera remémoré par la communauté d'Hébron comme "Yagma el Gabireh", la grande destruction.

POGROM D'HÉBRON (1929)

Pogrom perpétré le 24 août 1929 par des émeutiers arabes contre la communauté juive de Hébron et ayant fait entre 67 et 69 victimes juives. Le quartier juif est pillé et la communauté juive évacuée ne reviendra qu'en 1967.

POGROMS DE TRIPOLITAINE (1945)

Série de pogroms perpétrés du 5 au 7 novembre 1945 par des émeutiers arabes contre les communautés juives de Libye et ayant fait plus de 140 victimes juives.

POGROMS DE TRIPOLITAINE (1947)

Pogrom perpétré le 12 juin 1948 contre les communautés juives de Tripolitaine et ayant fait 14 victimes juives.

POGROMS PALESTINIENS (1929)

Aussi appelées "révolte al-buraq" du nom arabe du mur occidental du temple de Jérusalem est une série d'émeutes et d'attaques de la population arabe contre les Juifs de Palestine mandataire, ayant fait 133 victimes juives tuées par des émeutiers arabes.

 

R

RAYAH (TURC.)

Sujet non-musulman de l’Empire ottoman (voir Dhimmi). Dérive de l’arabe ra’āyā signifiant "paysans”, “assujetties".

 

S

SEFARADI (HÉBR.)

Juif originaire de la péninsule ibérique ; descendant ou réputé tel de Juifs originaires de la péninsule ibérique après l'expulsion des Juifs d’Espagne en 1492 et du Portugal en 1496. Par extension désigne la plupart des Juifs du monde méditerranéen musulman et des Balkans.

 

T

TEMANI (HÉBR.)

Litt. “de l’extrême Sud”, Juif du Nord-Yémen. L'installation des premiers Juifs au Yémen remonte selon la tradition à l’époque du roi Salomon. À partir du XIXe siècle, la communauté entame une migration massive vers Israël. Les derniers Juifs ont quitté le Yémen pour Israël en 2021.